« 2006-03 | Page d'accueil | 2006-05 »

17.04.2006

Trop chaude, la Souris

Rien ne va plus du côté de la plage de la Souris-Chaude, où aucun terrain d’entente ne semble pouvoir être trouvé entre les nudistes, les surfeurs et la mairie. Comble : les gendarmes de Trois-Bassins, dont la dernière descente remonte à vendredi, s’en prennent aux naturistes alors que les pervers qui continuent de roder ne sont pas le moins du monde inquiétés.

Ce qui se passe à la Souris-Chaude est tellement étrange qu’on pourrait presque en rire. En réalité, malgré un scénario qui fait penser à une mauvaise comédie, la situation autour du spot de Trois-Bassins et de la plage de la Souris-Chaude ne fait que s’enliser. La faute à une incompréhension de plus en plus évidente entre les usagers du spot et ceux de la plage où les nudistes ne peuvent même plus trouver un havre discret. En fait, tout part d’une même indignation, celle de voir quotidiennement des hommes tout à fait étrangers à ces deux communautés, surpris à se masturber au vu et au su de tous. “Quand vous voyez une gamine de 12 ans revenir avec du sperme sur ses vêtements parce qu’un pervers s’est excité sur elle, vous vous dites qu’il y a quelque chose qui ne va pas”, s’indigne Roland, le patron du camion bar.

“NUDISME INTERDIT”

Résultat de cette indignation : Roland, comme beaucoup d’usagers du spot, s’est rangé du côté de ceux qui réclament le départ des nudistes et c’est lui qui, chaque matin et chaque soir, sort et rentre le panneau où l’on peut lire “Nudisme interdit”. “Je n’ai rien contre les nudistes qui sont des gens gentils, mais ils attirent des maniaques sexuels qui sont potentiellement dangereux”, déplore Roland. Ce à quoi les nudistes répliquent, par l’intermédiaire d’Alain Boutet, le président du collectif SOS naturistes : “Nous sommes les premières victimes de ces voyeurs qui viennent troubler nos instants de détente sur la plage.” En effet, il ne faut pas pratiquer l’amalgame entre les naturistes et les pervers. Un rapide tour sur la plage permet de s’en rendre compte. Les uns sont simplement nus, décontractés, hommes et femmes confondus, comme sur certaines plages de métropole, quand les autres se baladent tout habillés, la main dans le pantalon, sans qu’on puisse se méprendre sur leur présence. Certains n’hésitent pas à s’asseoir non loin d’un couple et à sortir leur outillage... Une scène devenue aujourd’hui quotidienne sur la plage de la Souris-Chaude. “Ça fait plus de quinze ans que je pratique le naturisme ici et je n’ai jamais vu ça”, témoigne René. “La dernière fois, un couple de jeune touristes bronzait tranquillement, ils avaient leurs maillots de bain et rapidement ils se sont retrouvés entourés par six ou sept gars qui se masturbaient en regardant la jeune femme, et ce sont les naturistes qui sont intervenus pour les sortir de là”, poursuit-il. Ainsi, contrairement à la mairie de Trois-Bassins, les naturistes pensent que “maintenant les pervers ont pris l’habitude de venir ici et ils continueront même si les nudistes partent”. En attendant, ils semble bien que les délinquants sexuels puissent agir en toute impunité à la Souris-Chaude.

ON NE DOIT PAS SE LAISSER FAIRE

“On est obligé de lutter nous-mêmes contre ces malades. Quand j’en prends un en flagrant délit, je ne réfléchis plus je fonce dans le tas. Je ne suis pas toujours très rassuré, mais on ne doit pas se laisser faire”, explique Roland. Du côté des nudistes, on craint d’appeler la gendarmerie. “Les gendarmes ne s’en prennent qu’aux naturistes parce qu’ils sont nus, les mateurs ont largement le temps de reprendre une position convenable avant l’arrivée des forces de l’ordre, et ce sont les naturistes qui se font verbaliser”, précise Alain Boutet. Pas plus tard que vendredi dernier, les gendarmes ont effectué une descente sur la plage, verbalisant les nudistes et leur enjoignant à se vêtir. Le collectif SOS naturistes a donc apposé des étiquettes un peu partout sur les rochers, où il demande aux nudistes de l’alerter en cas de présence policière sur la plage. Petit à petit, la paranoïa s’installe et les naturistes parlent d’“appâts humains” et de “rabattage humain” pour évoquer les méthodes d’investigation des gendarmes. “Ça arrange le maire de laisser se répandre l’amalgame entre les naturistes et les pervers, ainsi il compte débarrasser la plage des nudistes”, expliquent certains habitués qui pestent contre un premier magistrat “nudophobe et homophobe”. Au camion bar, on constate aussi que “rien n’est fait pour améliorer la situation, les quelques passages des gendarmes ne suffisent pas à décourager les pervers”. Pour beaucoup, il faut maintenant faire preuve de sévérité, quitte à “demander aux nudistes de partir pour assainir le site”.

SÉVÉRITÉ

Les naturistes revendiquent, eux, le droit de pouvoir profiter de cette plage en toute sécurité et proclament : “La Souris-Chaude sera notre Tien Anmen”. Pourtant, certains ont déjà jeté l’éponge et se déplacent vers d’autres sites plus au Sud. Le collectif, lui, envisage de demander officiellement la légalisation du naturisme sur une portion de plage restant à définir. Pour le moment, il semble en tout cas que le maire de Trois-Bassins ait mis plus de zèle à faire appliquer l’arrêté municipal interdisant le nudisme que les dispositions du code pénal relatives à la délinquance sexuelle. Résultat le climat se tend entre surfeurs et naturistes, les premiers jugeant les seconds responsables de la situation, et pendant ce temps les pervers continuent à s’exhiber en toute tranquillité. Il est sans doute temps de réunir tout le monde autour d’une table pour tenter de régler les problèmes de sécurité sur cette portion de littoral, avant qu’un drame ne survienne.

Adrien Lecomte 

Article publié dans le Journal de l'Ile de la Réunion du 17/04/06

04.04.2006

La commune de Trois-Bassins tolère mieux les ordures que les naturistes

Le long d’un des accès à la plage naturiste de la commune de Trois-Bassins s’installe un camion-bar a priori en manque de mesures les plus élémentaires en hygiène. Il est habituel que ses déchets soient mis en sacs plastiques, ces sacs poubelles sont régulièrement détériorés par des chiens errants. Ce camion-bar se place sur les pas géométriques du bord de l’océan Indien. Cette aire de la Souris-Chaude est un magnifique lieu resté à l’état sauvage, soumis à la protection du littoral - voir le schéma de mise en valeur de la mer (SMVM) qui délimite les espaces naturels remarquables. Le maire de Trois-Bassins a élaboré un tri sélectif des ordures ménagères en invitant ses concitoyens à trier leurs déchets. Ce tri est une obligation pour tous excepté le camion-bar de la Souris-Chaude qui n’a pas été réceptionnaire de bacs ou conteneurs récepteurs de déchets (...). Pour le nudophobe maire de Trois-Bassins, la pollution visuelle et olfactive, la salubrité publique, les critères sanitaires, bof... Il s’est octroyé comme mission principale l’extermination du tourisme naturiste. Un épouvantail servant à épouvanter, depuis que ce maire a organisé des opérations répressives (PV antinaturiste à 38 euros), serait-il devenu un épouvantail à naturistes ? Le mardi 14 février, ce même maire a passé une partie de la matinée à la Souris-Chaude. Il était entouré d’un groupe de personnes visiblement attentives à sa conversation gestuelle. Peut-être qu’à la manière d’un suppôt il était en train de concocter un nouveau piège à touristes naturistes ? Il est fort plausible que la soumission à des religieux hostiles au tourisme naturiste soit une maladie aussi grave que l’épidémie de chikungunya pour le portefeuille des professionnels du tourisme. Le maire de Trois-Bassins voudrait-il devenir l’ennemi public n°1 du tourisme quelle qu’en soit la nature ? Le mardi 14 mars à 16 h 50 sur la plage naturiste de la Souris-Chaude, je n’ai pu échapper aux mailles du filet antitourisme naturiste tendu par la gendarmerie française. Un gendarme dépourvu d’une coiffure, ignorant la politesse de se présenter, a eu une attitude en permanence ironique pendant la durée de mon arrestation. Son comportement me faisait croire qu’il se présentait comme l’homme le plus fort de la plage naturiste. Cette arrestation fut des plus ténébreuses puisqu’il fallait que j’avoue que je venais de me baigner nu, que si je n’étais pas honnête, je serais emmené à Trois-Bassins, je suppose à la gendarmerie ? Cette obligation d’avouer des faits non pratiqués m’a fait penser à une période noire qui a traversé la France. Il fallait également que j’avoue où était mon véhicule. Ne réussissant pas à me faire avouer, le gendarme m’a mis dans l’obligation de lui présenter ma pièce d’identité et en a recopié les éléments. Au moment de cette très désagréable rencontre, mon anatomie était recouverte d’une serviette. Cette déplorable aventure pourrait être celle d’un touriste. Pour montrer et dénoncer les mauvais traitements subis par les touristes naturistes sur l’île de la Réunion, il serait souhaitable que réapparaisse dans les commerces réunionnais le film "Les gendarmes de Saint-Tropez". Celui-ci traite parfaitement de l’intolérance des nudophobes.

Alain Boutet

Article publié dans le Journal de l'Ile de la Réunion du 4 avril 2006